Seconde
partie de mon article "L"hypothèse extraterrestre est-elle dépassée
? |
Gildas
Bourdais, avril 2002 |
II - Quelques arguments pour ou contre l'hypothèse extraterrestre De
tout de qui précède, il ne faut pas s'étonner qu'une grande confusion règne dans
l'ufologie d'aujourd'hui, avec des controverses virulentes entre ufologues. Citons
pour mémoire les réactions violentes de Pierre Lagrange et de Perry Petrakis en
1999 contre le rapport du Cometa, dans la presse et sur internet. Les critiques
principales contre ce rapport étaient qu'il croyait "encore" à l'HET,
et que d'autre part il osait poser le problème du secret aux Etats-Unis ! On sait
moins en France que Jacques Vallée, plus discrètement il est vrai, n'a pas non
plus ménagé ses critiques contre ce rapport, cette fois dans les colonnes d'une
revue américaine réputée, de la "Society for Scientific Exploration",
dans laquelle il a traduit et présenté élogieusement un article très critique du sceptique Claude
Maugé. Justement, pour compléter ce rapide tour d'horizon des idées et du débat
sur l'hypothèse extraterrestre, voyons de plus près quelques-uns des arguments
qui ont été échangés, et en premier lieu ceux de Jacques Vallée contre l'HET. Les critiques de l'HET par Jacques Vallée Cela
fait maintenant de nombreuses années que Jacques Vallée met en doute l'hypothèse
extraterrestre, et corollairement le phénomène des enlèvements, tout en étant
plus ambigu sur celui des mutilations de bétail. La réputation de Vallée, surtout
en France, est encore si grande qu'il faut nous arrêter plus longuement sur ses
idées. Jacques Vallée avait présenté une critique en règle de l'HET, résumée en
cinq points, dans son livre Révélations
(édition originale 1991, 1992 pour la traduction). J'en avais fait la critique
dans mon premier livre, Enquête sur l'existence
d'êtres célestes et cosmiques, paru
en 1994, et je la reproduis ici en grande partie car ce texte me semble toujours
valable. ____________________________ Critique
des cinq points de Jacques Vallée (pages 373 à 378 de mon livre Enquête
sur l'existence d'êtres célestes et cosmiques,
1994). Le texte complet de Vallée figure en Annexe de son livre Révélations). "Voici
d'abord, très résumés, les fameux cinq points de Vallée : l)
Les rencontres rapprochées sont beaucoup plus nombreuses que ne l'exigerait toute
exploration physique de notre planète ; 2)
La morphologie humanoïde des prétendus "visiteurs" a peu de chances
d'être apparue sur une autre planète, et d'un point de vue biologique elle est
mal adaptée au voyage dans l'espace ; 3)
Le comportement rapporté dans des milliers de récits d'enlèvements est en contradiction
avec l'hypothèse d'expérimentations génétiques ou scientifiques menées sur des
humains par une race plus avancée ; 4)
La présence du phénomène tout au long de notre histoire prouve que les ovnis ne
constituent pas une manifestation propre à notre époque ; 5)
L'apparente aptitude des ovnis à manipuler l'espace et le temps suggère des hypothèses
radicalement différentes et plus riches, dont trois seront suggérées en guise
de conclusion. Ajoutons
tout de suite ces trois hypothèses : la première, très bizarre, est celle des
« lumières sismiques
», qui a été avancée en 1982 par l'Anglais Paul Devereux : un phénomène physique
mal connu, reconnaît Vallée, qui pourrait « agir sur la conscience des témoins
en créant des images mentales ayant peut-être un contenu mythologique ». Une théorie
qu'on nous permettra de trouver assez problématique : pourquoi faire simple quand
on peut faire compliqué ! La
deuxième hypothèse de Vallée est celle d'un « système de contrôle » qui pourrait
être, ajoute-t-il, de nature humaine, extrahumaine ou simplement naturelle : nous
voici embarqués en plein ésotérisme. La
troisième hypothèse est celle des voyages plus rapides que la lumière, par des
raccourcis de l'espace-temps, ces fameux « trous de ver » déjà évoqués plus haut
: cette idée, loin d'exclure l'HET, la renforce ! Elle contredit d'ailleurs le
premier des cinq arguments de Vallée contre l'HET, celui du trop grand nombre
d'observations, qui perd beaucoup de sa force si l'on suppose qu'il existe des
moyens de déplacements plus « faciles » qu'on ne le croyait naguère encore. Et
puis que savons-nous des visées et des objectifs de ces mystérieux « visiteurs
» ? L'argument
de Jacques Vallée sur la forme humanoïde (no 2) a déjà été discuté. (note
: ce passage de mon livre est reproduit plus loin). Rappelons
le principe de convergence des formes dans l'évolution des espèces, vers la configuration
la mieux adaptée, principe admis par tous les biologistes, même Michael Denton,
critique acharné de la théorie de l'évolution ! La forme humaine est très bien
adaptée à une vie terrestre active, comme l'a expliqué Fred Hoyle il y a longtemps. Reste
la critique no 3 sur le comportement des « médecins ufonautes » dans les histoires
d'enlèvements. Leurs techniques d'opérations gynécologiques seraient déjà dépassées,
soutient Vallée : ce point a déjà été discuté et, à y regarder de plus près, paraît
peu convaincant. (note
: ce passage de mon livre est reproduit plus loin) Quant
à la nature même des manipulations supposées, le corpus de récits recueillis à
ce jour, tel qu'ils sont exposés notamment par David Jacobs dans son livre Secret
Life n'est pas suffisant pour trancher sur ce point, s'agissant d'un
domaine que les hommes commencent seulement à explorer. Jacobs renvoie là-dessus
aux analyses du biologiste Michael Swords, que nous allons tenter de résumer. "Des manipulations génétiques ? La
question d'éventuelles interférences entre la vie terrestre et la vie sur d'autres
mondes a fait l'objet de nombreuses spéculations, l'une d'entre elles, et non
des moindres, étant celle du prix Nobel Francis Crick, qui découvrit l'ADN avec
James Watson : ne s'expliquant pas l'apparition d'une molécule aussi extraordinaire,
il supposa qu'elle avait peut-être été apportée de l'espace ! Mais ce n'était
là que reporter ailleurs le problème, comme l'a justement observé le généticien
Albert Jacquard. Autre donnée de base, Carl Sagan ne s'est pas privé de souligner
l'impossibilité des croisements génétiques entre espèces différentes, surtout
si celles-ci viennent d'un autre monde ! Pouvons-nous donc écarter d'un revers
de main les récits d'opérations gynécologiques et génétiques, avec fabrication
d'êtres hybrides? Pas si vite, car naît tout un nouveau domaine de spéculations,
celui des manipulations génétiques, qui permettent déjà, sur Terre, de fabriquer
pas mal de « monstres » hybrides : c'est l'histoire récente du veau avec des gènes
humains, qui fait resurgir le mythe du Minotaure! Le biologiste américain Michael
Swords s'est efforcé, pour calmer les esprits à ce sujet, déposer les limites
des possibilités théoriques en la matière. L'hybridation entre des humains et
des extraterrestres est-elle envisageable, par manipulation génétique? Plusieurs
cas de figure se présentent, nous explique Michael Swords (au
symposium du MUFON de 1991) : —II
y a eu évolution indépendante. Même si, par extraordinaire, nous avons une biochimie
identique, des gènes identiques et des séquences de codage identiques, il faudrait
encore, pour être compatibles génétiquement, que ces séquences soient disposées
dans les chromosomes exactement au même endroit, bref, c'est l'hypothèse tout
à fait impossible. Il reste l'éventualité de l'hybridation artificielle par manipulation. —
Si les ET sont capables de modifier à leur guise les chromosomes et les gènes,
ils n'ont pas besoin de sortir de leur laboratoire car alors ils peuvent y créer
toute forme de vie. —
En revanche, il existe une hypothèse qui ressemble aux histoires d'enlèvements,
mais qui n'est pas vraiment une hybridation. L'opération consisterait à provoquer,
par manipulation génétique in vitro sur un œuf déjà fécondé, des changements génétiques
spécifiques. Dans Secret Life,
David Jacobs résume ce scénario, qui se poursuit par l'implantation de l'œuf,
fertilisé et génétiquement modifié, dans l'utérus, ceci pour assurer sa gestation,
jusqu'à l'opération de retrait du fœtus qui sera ensuite placé en incubateur.
Ces récits d'enlèvements nous décrivent des «enfants» qui ont l'air de produits
hybrides, ressemblant à ces ET. Il est même dit, dans l'une de ces histoires,
que ces êtres sont destinés à peupler un autre monde. Michael
Swords spécule ensuite sur la possibilité d'une origine génétique commune entre
ces ET et nous : extrêmement improbable, étant donné notre appartenance au monde
de la vie terrestre : il faudrait que ces ET aient créé la vie sur la Terre, il
y a quatre milliards d'années ! Swords évoque pour terminer quelques autres hypothèses
plus étranges : —
II ne se passe rien de biologique ; ce sont de pures mises en scène des ET pour
étudier notre psychisme. —
Ce sont nos descendants venus du futur pour se régénérer ! —
Nous ne comprenons rien à ce qui se passe et cela n'a rien à voir avec des extraterrestres... Une
telle analyse nous invite à la prudence. Mentionnons quand même une spéculation
très répandue, selon laquelle des extraterrestres se seraient penchés, au temps
jadis, sur le berceau de l'homme, avec quelques judicieuses manipulations génétiques
de leur cru ; une hypothèse évidemment inspirée de la légende biblique : « Créons
l'homme à notre image ! » Ce ne sont pas les Greys,
si c'est cela dont il s'agit, car ils ne nous ressemblent guère! Mais il est important
d'admettre que la sévère leçon du professeur Swords n'exclut pas cette éventualité
d'interventions extérieures. (note
: cette hypothèse est renforcée par les documents de "Majestic 12" :
voir mon dernier livre) Une
autre spéculation, très bizarre, est avancée par Raymond Fowler dans The
Watchers, sur la base d'une théorie biologique
appelée néoténie (neoteny). C'est le phénomène
par lequel le développement
fœtal normal d'une espèce est bloqué pour ouvrir la voie à une nouvelle forme
de vie. Ainsi, l'homme serait un fœtus de singe parvenu à maturité. Or, souligne
Fowler, le portrait qui est fait des ET, auteurs supposés d'enlèvements et de
manipulations, ressemble étrangement à un... fœtus humain! Sont-ils des descendants
de l'homme, voyageant dans l'espace-temps ? Quoi qu'il en soit, selon
Betty Andreasson, les Watchers lui ont
révélé que ces fœtus hybrides deviennent... eux ! Mais alors, s'ils se perpétuent ainsi par eux-mêmes, à partir de
notre génome modifié, qui donc les a « créés » à l'origine ? Est-ce le même «Dieu
créateur » que le nôtre ? Sont-ils les « Veilleurs » créés pour nous assister
et nous surveiller ? Il
existe encore d'autres hypothèses, beaucoup plus inquiétantes, rapportées notamment
par John Mack dans son livre Abduction,
mais qui ne l'empêchent pas d'être globalement optimiste, car il ne les prend
pas forcément à son compte. Elles sont d'ailleurs assez confuses et contradictoires.
Selon le témoin Scott, qui a été emmené dans une vaste caverne rocheuse (sur Terre?),
les aliens sont venus d'un autre système
solaire où leur planète n'est plus habitable, et ils sont en train de se transformer
pour pouvoir vivre sur Terre. Ils attendent aussi, pour s'installer, que nous
soyons moins nombreux, à la suite d'épidémies de formes nouvelles de Sida, beaucoup
plus contagieuses ! Selon Scott, "l'intention des aliens
est de vivre sans nous à moins que les humains ne changent"! Une
autre vision, tout aussi apocalyptique, est celle du témoin Peter, qui raconte
qu'il y a une «
bataille en cours » pour savoir qui va « prendre le contrôle de la Terre », où
s'affrontent des êtres venus «de tout l'univers »... Elle dure depuis 2000 ans,
et le processus d'hybridation en cours s'inscrit dans ce conflit. Il s'agit de
provoquer une nouvelle étape de notre évolution et d'ouvrir un « nouveau millénium
sur la terre ». Le témoin découvre d'ailleurs, comme d'autres, qu'il est déjà
lui-même à moitié alien ! Ces
témoignages effrayants sont le fait de témoins crédibles, sincères et sains d'esprit,
souligne le Dr Mack. Mais on a envie d'ajouter : se pourrait-il qu'ils soient,
une fois de plus, des victimes de messages trompeurs? Heureusement, le livre de
John Mack est aussi porteur de messages et de visions de type plus «spirituel
», et même mystique. L'objectif de ces visiteurs serait ainsi de nous faire évoluer
vers un plus haut niveau de conscience pour nous rapprocher d'eux. Le témoin Carlos
décrit des expériences qui rappellent celles de Betty Andreasson, dans lesquelles
son corps est converti en « énergie lumineuse », lui permettant de se déplacer
dans l'espace et de communiquer pleinement avec ces étranges visiteurs... __________________________ La forme humanoïde Extrait
de mon livre Enquête sur l'existence d'êtres
célestes et cosmiques (pages 54 à 57). "Comment
les scientifiques voient-ils les extraterrestres, et tout d'abord la vie en général
? Hubert Reeves en dit ceci : "Dès
que, sur une planète, les températures moyennes permettent à l'eau de rester liquide,
vraisemblablement, la vie va se développer. Peut-être pas sous la forme précise
que nous connaissons. Il existe probablement d'autres faunes, d'autres flores,
mais sans doute pas très différentes". L'hypothèse
de l'existence d'extraterrestres pas tellement distincts de nous se trouve ainsi
posée. Les raisons en sont, finalement, assez claires. Elles tiennent d'abord
au principe d'universalité de la Nature, déjà évoqué: la matière est la même partout
dans l'Univers et, les mêmes causes produisant les mêmes effets, on a tout lieu
de supposer, de ce point de vue, qu'une vie comparable s'est développée ailleurs.
Il y a cependant une théorie opposée à propos de la naissance de la vie et l'évolution.
Elle repose sur la thèse selon laquelle ces phénomènes sont gouvernés par le hasard
aveugle (les mutations aléatoires), la sélection se chargeant du reste. Il en
découle, selon certains, que des extraterrestres, s'ils existent, doivent être
très différents de nous. Croire le contraire, affirme Carl Sagan dans Cosmic
Connection (1973), c'est faire preuve
de chauvinisme : "La conviction que la vie ailleurs doit être comme la vie
ici, voilà ce que j'appelle chauvinisme". Sagan
raconte comment il a eu l'occasion de concrétiser cette certitude que la vie extraterrestre
devait être distincte de la nôtre, lorsqu'il a conseillé Arthur Clarke et Stanley
Kubrick pour le film 2001, l'Odyssée
de l'Espace, alors que ceux-ci,
en cours de tournage, n'avaient pas encore rédigé la fin du scénario : "L'équipe
du vaisseau spatial, ou une partie d'entre elle, devait prendre contact avec des
extraterrestres. Mais à quoi allaient ressembler ces créatures extraterrestres
? Kubrick voyait d'un œil favorable des extraterrestres point trop différents
des êtres humains. Ses goûts avaient un avantage évident, d'ordre économique :
il pouvait appeler la régie et demander vingt extraterrestres. Un bon maquillage
résolvait son problème. La solution alternative, quelle qu'elle fût, serait nécessairement
très coûteuse". Sagan
conseilla alors de les suggérer plutôt que de les représenter, et c'est ainsi
que l'on procéda. Mais on peut se demander si à cette époque, dans les années
60, le premier souci de Sagan n'était pas d'ouvrir le plus possible l'éventail
des éventualités de vie extraterrestre, lui qui militait et cherchait des fonds
pour des programmes ambitieux d'écoutes radioastronomique : c'était la période
ou il fallait gonfler les estimations de l'équation de Drake ! Une
telle approche semble persister encore chez les radioastronomes. Ainsi Frank Drake,
dans un livre paru à l'occasion du lancement du nouveau programme d'écoutes radio
de la NASA, supposait que les ET pourraient bien avoir quatre bras, car ce serait
bien plus pratique. Pourquoi pas, dès lors que la Nature s'autoriserait toutes
les libertés? Or cette idée est contredite
par une observation fondamentale : le phénomène de « convergence » des formes
vivantes vers les formes les plus efficaces, qui nous incline vers un tout autre
type de raisonnement. La question se pose alors ainsi : quel est le modèle biologique
le plus favorable pour une vie intelligente et active ? II faut écarter d'emblée
toute existence marine ou aérienne, interdisant une industrie développée. Premier
point, donc, les extraterrestres vivent sur le sol et respirent une atmosphère
qui peut fort bien différer de la nôtre. Pas trop, cependant, pour permettre la
chimie organique. Ensuite, on comprend qu'il est préférable, par exemple, de libérer
les pattes de devant pour les transformer en bras ! Chez nous, c'est la fameuse
étape de l'Homo erectus, l'homme debout. Et ailleurs ? Et si la vie avait suivi les
mêmes cheminements ? L'astronome
Fred Hoyle avait déjà expliqué toute la fonctionnalité de la tête, dans un texte
de 1969 (Hommes et
Galaxies) : «
Remarquons ensuite que le cerveau est un fragile instrument qui doit se trouver
encastré dans une sorte d'armure protectrice — des os, pourquoi pas ? Remarquons
aussi que l'œil occupe le meilleur emplacement à une hauteur maximale au-dessus
du sol, ce qui lui procure le champ de vision le plus étendu. Remarquons que cet
œil doit être situé près du cerveau pour que les informations optiques y arrivent
dans le minimum de temps. Qu'est-ce que cela donne ? Une tête, nécessairement
! ». C'est
à la suite de ce genre de considérations qu'est née l'idée que la forme « humanoïde
» — une tête en haut d'un tronc, des jambes pour marcher, des bras et des mains
pour la chasse, le travail et quelques autres occupations — est un modèle somme
toute assez pratique et que, sans doute, nous n'en sommes pas les seuls heureux
bénéficiaires ! Quant au modèle à quatre bras imaginé par Frank Drake, ne poserait-il
pas de sérieux problèmes de coordination dans le cerveau ? Si la vie intelligente
est répandue dans l'Univers, il est honnête de supposer qu'elle s'est orientée
majoritairement vers les solutions les plus « économiques ». Cela
dit, pourrait-il y avoir des formes de vie radicalement dissemblables? Fred Hoyle
a imaginé un pareil type exotique, un immense nuage dans l'espace. Gageons que,
si une telle vie existe, ce n'est sans doute pas la plus répandue ! On s'est aussi
figuré des êtres ultra-comprimés sur une étoile à neutrons, dont la durée d'existence
dilatée par la relativité ne dépasserait pas à nos yeux une infime fraction de
seconde. En tout cas, ceux-là ne sont pas près de nous rendre visite, et réciproquement.
John Casti, dans Paradigmes perdus, illustre
sa thèse de la probable incommunicabilité par des exemples non moins extrêmes,
tirés de la science-fiction, estimant pour sa part le type de raisonnement précédent,
anthropomorphique, « totalement dénué d'imagination et passablement ennuyeux ».
II cite les Cygniens créés par Donald Moffitt dans The Jupiter Theft
: « ... six membres pouvant servir de bras ou de jambes, une longue queue
à trois pétales qui se replient pour cacher les organes sexuels. Le corps étroit,
tubulaire, s'appuie sur un squelette cartilagineux ; le cerveau est logé entre
les membres supérieurs, en haut de la moelle épinière. Les trois yeux pédoncules
dessinent un triangle équilatéral autour de la bouche, large et flexible, laquelle
est munie de plaques rugueuses pour râper et broyer; la langue est cylindrique
et épineuse... Saluons l'humour de ce « modèle », et son extravagance dénuée du
moindre bon sens ! ______________________________ La convergence des formes Voici
un autre aspect intéressant pour le débat sur l'HET, repris de mon premier livre
(pages 34-35). C'est celui de la "convergence des formes". Une
fois admise la probabilité de la vie, ailleurs dans l'Univers, se pose la question
suivante : les autres formes de vie ne risquent-elles pas d'être très différentes
de la nôtre ? Et quelle est la probabilité que l'évolution ait abouti, ailleurs
également, à l'apparition d'êtres intelligents? Rappelons d'abord le principe
d'universalité de la Nature, observé par les astrophysiciens. Mais il y a une
autre observation, faite sur la vie terrestre, qui est très encourageante : le
phénomène de la « convergence » des formes vivantes. Il est courant de constater
« que des solutions techniques favorisant la survie sont "
trouvées " à partir des branches plus ou moins indépendantes de l'arbre évolutif.
On voit ainsi apparaître l'œil (organe suprêmement complexe) de nombreuses fois
de manière indépendante sur l'arbre de l'évolution, de même que les organes de
vol, l'adaptation à la nage rapide (dauphins et requins), etc.
Un cas tout à fait remarquable est celui de la famille des marsupiaux,
spécialité australienne. On y trouve par exemple un loup, le loup de Tasmanie,
qui ressemble à s'y méprendre au loup et au chien placentaires. Ainsi, comme
le suggèrent plaisamment les astronomes Jean-Claude Ribes et Guy Monnet dans leur
livre La Vie extraterrestre,
il existe peut-être des extraterrestres marsupiaux qui nous ressemblent fort,
à part que les dames n'ont pas de poitrine ! On a aussi spéculé sur l'idée
que, si les dinosaures n'avaient pas disparu il y a 65 millions d'années (sans
doute à cause de la chute d'une comète), peut-être auraient-ils produit un...
«lézard» intelligent, comme dans le film V
! Toutes
ces hypothèses sont évidemment de nature à stimuler notre modestie naturelle,
ce à quoi s'emploie Stephen Jay Gould dans son ouvrage La
Vie est belle,
où il souligne « l'énorme contingence historique » qui a présidé à l'apparition
de l'homme : "Des milliers et des milliers de fois, il s'en est fallu aussi
peu que cela
(mettez votre pouce à environ un millimètre de votre index) que nous soyons purement
et simplement effacés du film de la vie, à la suite d'un changement de cap de
l'histoire, qui aurait alors pris un autre cours tout aussi sensé". Justement,
ce cours tout aussi sensé a peut-être été pris ailleurs, mais pour converger vers
des niveaux toujours plus élevés de complexité, vers la vie intelligente, ce que
suggère Evry Schatzman : "Le principe de convergence, qui n'est après tout
qu'une formulation particulière de ce principe d'universalité, autorise une extrapolation
plus audacieuse, l'affirmation que l'apparition de l'intelligence est inéluctable". _______________________________________ Critiques de Jacques Vallée sur les enlèvements (pages
158 à 160 de mon premier livre, de 1994, déjà cité). Jacques
Vallée a multiplié les critiques sur ce phénomène des enlèvements, dans tous ses
livres récents (Autres dimensions,Confrontations,
Révélations), ainsi d'ailleurs que sur
les histoires d'ovnis accidentés. Serait-il donc passé dans les rangs des « sceptiques
» ? Pas du tout, car pour lui ce n'est que reculer pour mieux sauter : vers d'
« autres dimensions », assez mystérieuses et ésotériques, qui seront évoquées
au dernier chapitre. (note
: passage reproduit plus haut) Selon
Vallée, ces expériences génétiques supposées sont ridicules, car elles décrivent
des techniques médicales aujourd'hui dépassées : " ... la fécondation in
vitro a déjà atteint un niveau tel que les prétendues expériences
génétiques menées à bord d'ovnis semblent absurdes et grotesques. Les ufonautes
devraient retourner à l'école de médecine". On
sait en effet que la cœlioscopie (percement de la paroi abdominale comme l'avait
décrit Betty Hill en 1964) a été d'abord la méthode employée, à la fin des années
70 et au début des années 80, dans les premières expériences de fécondation in
vitro (FIV), pour les prélèvements d'ovules et l'implantation d'embryons fécondés.
Elle était auparavant employée de manière peu courante. C'était une technique
plus légère que l'intervention chirurgicale classique, mais nécessitant tout de
même une anesthésie générale. L'endoscope dont on se sert en cœlioscopie est un
tube d'un calibre d'au moins cinq millimètres et, pour les modèles opératoires
(dans lesquels on peut glisser un instrument pour opérer), le calibre est de dix
à douze millimètres. Plus récemment, est apparue une nouvelle pratique, l'échographie,
qui a permis une intervention moins lourde, la ponction échoguidée par voie transvaginale
ou transutérale, sous anesthésie locale. (note
: voir l'Encyclopédie Médico-Chirurgicale (EMC, Editions Techniques), Volume Gynécologie,
article Coelioscopie). Peut-on
donc dénoncer comme un anachronisme la description d'opérations de type cœlioscopique
dans les histoires d'enlèvements ? II semble, en réalité, que le problème ne soit
pas aussi simple car, pour le prélèvement d'ovules, on utilise aussi la voie abdominale
échoguidée, avec un simple trocart de
calibre bien plus mince que l'endoscope cœlioscopique. Donc, rien n'interdit d'imaginer
une technique du futur utilisant une fine aiguille par voie abdominale, plus commode
pour atteindre les ovules, comme le décrivent effectivement les victimes d'enlèvements
: la voie abdominale échoguidée serait même la meilleure solution ! Jacques
Vallée porte cependant une critique plus globale sur les récits d'enlèvements
: « Quelle sorte de médecins sont-ils pour traumatiser des centaines de patients
dans le seul but d'obtenir un peu de sang et quelques embryons ? » Cette question
paraît bien contestable dans sa formulation même car, à supposer que ces histoires
soient vraies, les buts poursuivis par les étranges «visiteurs» semblent aller
bien au-delà du simple prélèvement de sang et d'embryons, comme on vient de le
constater : extraction de fœtus vivants de plusieurs mois, « présentation » d'enfants
hybrides dans le but apparent de créer des liens affectifs, suivi des sujets depuis
leur enfance, et même peut-être sur plusieurs générations, « révélations» à caractère
quasi religieux... "Hopkins,
Jacobs et d'autres enquêteurs affirment tous que les buts véritables des « visiteurs
» restent impénétrables. Pour Jacques Vallée, tout cela n'est que mise en scène
trompeuse pour nous faire croire aux extraterrestres et nous cacher ainsi qu'il
s'agit de mystérieuses entités venues d'une autre dimension, d'un «multivers »
! Supposons un instant que cette hypothèse soit la bonne. Il faudrait alors nous
expliquer pourquoi ils opèrent si mal, comme le suggère Vallée. Il semble que
l'on s'enfonce là dans des contradictions insolubles. Toutes ces aventures font
plutôt songer à un programme, soigneusement étudié, de dévoilement progressif,
d'accoutumance à la présence de ces extraterrestres
et à leurs agissements, comme s'il fallait nous y résigner. Le frein du système
serait de laisser toujours planer le doute, à cause des aspects bizarres de ces
histoires effrayantes... Une
critique plus sérieuse s'attaque à l'idée même d'hybridations génétiques, en principe
impossibles, comme l'avait souligné il y a longtemps Carl Sagan dans Cosmic
Connection. Il semble que la question soit très complexe, si l'on
en croit par exemple le biologiste américain Michael Swords, qui a proposé une
analyse générale du problème : nous la résumerons au dernier chapitre. (note
: voir plus haut l'analyse de Michael Swords) Disons
seulement ici que ce qui semble possible, plutôt qu'un croisement proprement dit,
c'est une sorte d'altération génétique,
opérée in vitro, comme le suggère aussi David Jacobs. Une hypothèse qui n'est
pas conçue non plus pour nous rassurer ! Ces récits provoquent, il faut l'avouer,
une réelle inquiétude, mais qu'il est nécessaire de tempérer malgré tout. C'est
ce que propose le Dr Mack qui souligne, dans son introduction au livre de David
Jacobs, un accroissement impressionnant de la vision, de la « conscience planétaire
» de ceux qui ont subi ces expérimentations. La même sensation ressort des histoires
de Whitley Strieber et de Betty Andreasson-Luca, à rapprocher de l'expérience,
plus ésotérique, des channels qui se disent
en communication avec des « entités cosmiques ». _____________________________ La question des mutilations de bétail Voici
ma critique du livre de Yann Mège, Les Chirurgiens
furtifs, paru à la fin de 2001, selon lequel les mutilations de bétail aux
Etats-Unis sont l'œuvre d'animaux prédateurs. Un livre trompeur sur les mutilations animales Un
petit livre, Les chirurgiens furtifs de
Yann Mège, publié à la fin de l'année 2001, prétend faire "l'autopsie d'un
mythe américain". Le titre est bon, mais le sous-titre est trompeur. Pour
un lecteur pas ou peu au courant de la question, ce texte, qui est bien écrit,
peut paraître convaincant. L'auteur cite de nombreuses sources et donne l'impression
d'avoir étudié le sujet en profondeur. En fait, il se range à l'opinion très contestée
d'un agent à la retraite du FBI, Kenneth Rommel, qui avait conclu en 1980, après
un an d'enquête, à l'action d'animaux prédateurs. Yann Mège s'appuie aussi sur
un livre non moins sceptique, Mute Evidence de Daniel Kagan et Ian Summers, paru en 1984, et néglige ou minore de nombreuses autres sources,
dont les conclusions sont complètement opposées. Il
suffit d'avoir eu sous les yeux quelques bonnes photographies de mutilations animales
- qui font cruellement défaut dans le petit livre de Yann Mège - pour comprendre
que cette explication par les animaux prédateurs ne tient pas debout. Le rapport
de l'agent du FBI avait d'ailleurs provoqué de vives protestations, lors de sa
publication, dans le monde des éleveurs américains, qui avaient fait pression
pour obtenir cette enquête, tellement ils étaient inquiets de ce phénomène des
mutilations. La
meilleure documentation photographique a été publiée par l'enquêtrice Linda Moulton
Howe dans deux livres de grand format : An
Alien Harvest (1989) et surtout Glimpses
of Other Realities (Volume 1, 1993). Linda Howe, productrice de documentaires
scientifiques qui a enquêté longuement sur le terrain, a aussi publié une série
de remarquables vidéos et présente des cas sur son site web (http://www.earthfiles.com).
On peut également voir de bonnes photographies et enquêtes sur le site d'un groupe
d'études privé américain, le National Institute for Discovery Science, ou NIDS
(http://www.nidsci.org/). Sur ces photos, on
voit clairement que les parties mutilées ne sont pas du tout celles auxquelles
s'attaquent habituellement des animaux prédateurs, le ventre et les parties le
plus faciles à déchiqueter. Bien au contraire, les parties mutilées sont notamment
la tête, dont la mâchoire est dénudée avec une étonnante précision, les parties
sexuelles et l'anus, ou même des organes internes extraits par de petits orifices
qui semblent trop étroits pour cette opération ! Les coupures sont d'une précision
"chirurgicale", dont sont évidemment incapables des coyotes ou des corbeaux.
Très souvent, on trouve l'animal entièrement vidé de son sang, sans une goutte
au sol, et sans traces d'animaux ou de véhicules autour de lui. La
plupart des enquêteurs indépendants, et même des policiers et des shérifs en activité,
ont rejeté l'explication par les prédateurs, ainsi que d'autres explications qui
ne tiennent pas plus debout, comme les "sectes sataniques" (personne
n'a jamais été condamné) , ni des opérations militaires, explication absurde car
pourquoi l'armée s'amuserait-elle, depuis bientôt quarante ans, à effrayer les
populations avec des mises en scène de grand guignol, alors qu'il lui suffirait
d'acheter des bêtes discrètement aux fermiers si elle voulait les étudier ? Yann
Mège, heureusement, est resté à l'écart de ce genre de spéculation hasardeuse.
D'autre part, on a souvent observé des ovnis dans les parages des mutilations,
parfois même des traces révélatrices au sol, qui mettent les ovnis et leurs mystérieux
occupants sur la sellette. L'un
des arguments de Yann Mège, à la suite de ces auteurs sceptiques cités plus haut,
est que les partisans d'une autre explication, disons le, de "visiteurs"
extraterrestres - car c'est bien celle qui reste une fois que toutes les autres
ont été écartées - ne possèdent pas d'étude sérieuse des bêtes mutilées, avec
des vétérinaires spécialistes de pathologie animale. Or rien n'est plus faux.
L'équipe de NIDS, qui a déjà fait pas mal d'enquêtes, sur des cas nouveaux qui
continuent à se produire chaque année, compte
dans son équipe un vétérinaire pathologiste, George Onet, Ph.D. Le directeur scientifique
de l'équipe, Colm Kelleher, est docteur en biologie moléculaire et en biochimie.
On pourra constater en visitant le site de NIDS qu'ils ont bien fait des examens
biologiques approfondis sur les cas qu'ils on étudiés. En fait, dès la première
enquête de terrain, en octobre 1967 sur le cas du cheval "Snippy", un
médecin pathologiste était intervenu, John Henri Altshuler, pathologiste-hématologiste
travaillant à l'Université du Colorado. Il avait constaté la disparition d'organes
internes de l'animal affreusement mutilé. Son témoignage, publié dans la presse,
avait fait du bruit, mais Altshuler était d'abord resté anonyme car il redoutait
de mettre en danger sa carrière, comme il l'a ensuite raconté à Linda Howe, avec
laquelle il a étudié de nombreux cas (plus de 50 cas de 1989 à 1995). Yann Mège
croit pouvoir écarter son témoignage car, dit-il, Altshuler "s'était rétracté
piteusement quelques jours plus tard". Or le meilleur auteur français sur
les mutilations, Michel Granger, auquel Yann Mège se réfère volontiers, écarte
cet argument dans son livre Le grand carnage
: "Certains affirmèrent qu'il aurait reconnu "s'être trompé" !
On verra qu'il révéla, beaucoup plus tard, des détails qui font bien de Snippy
la première mutilation "classique" made in USA" (pp 18-19, nouvelle
édition en préparation). On voit ici un exemple du genre d'argument frelaté que
n'hésitent pas à utiliser les sceptiques pour écarter sommairement les années
de travail d'un professionnel particulièrement compétent. On
pourrait facilement citer des dizaines d'autres exemples du même genre, dont est
émaillé ce petit livre. En bref, ce qu'il faut comprendre, c'est que le phénomène
des mutilations de bétail, qui n'est pas limité d'ailleurs au territoire des Etats-Unis
puisque certains cas ont été signalés dans d'autres pays ces dernières années,
par exemple en Grande-Bretagne et en Suède, est l'un des aspects
inquiétants du "dossier" des ovnis, ce qui explique l'action
des autorités américaines pour l'étouffer dans les années 70 et 80, époque à laquelle
il avait atteint son intensité maximum et inquiétait sérieusement les éleveurs,
avec des milliers de cas, surtout dans l'Ouest, mais en fait dans toute l'Amérique
du Nord, Canada inclus. Yann Mège croit pouvoir expliquer cela comme relevant
d'une sorte de mythologie contemporaine, allant même, sans craindre le ridicule,
jusqu'à évoquer les angoisses de la guerre du Vietnam. Laissons là ces explications
pseudo scientifiques qui en réalité n'expliquent rien du tout. ___________________________________ |